Publication de l'avis sur les moustiques GM

Le HCB analyse l’efficacité et l’acceptabilité des moustiques modifiés dans le cadre de la lutte antivectorielle

Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) a été saisi le 12 octobre 2015 par la ministre en charge de l’environnement Mme Ségolène Royal d’une demande d’éclairage sur les avantages et inconvénients de l’utilisation de moustiques génétiquement modifiés pour lutter contre les moustiques vecteurs de maladies.

Afin de répondre à cette saisine, chacun des deux comités du HCB – Comité scientifique (CS) et Comité éthique, économique et social (CEES) – , a mis en place un groupe de travail, en collaboration pour celui du CS, avec le Centre national d’expertise sur les vecteurs (CNEV).

Les moustiques vecteurs de maladies, un enjeu sanitaire

Les maladies à transmission vectorielle, maladies virales ou parasitaires transmises à l’Homme à la suite de piqûres par un moustique, sont responsables de plus de 17 % des maladies infectieuses et provoquent plus d’un million de décès chaque année dans le monde. Dans les pays touchés par les épidémies, elles peuvent affecter la sphère économique en réduisant de plus de 1,2 point la croissance.

Malgré les progrès réalisés via différentes actions et programmes de grande ampleur, la lutte contre les maladies (paludisme en zone d’endémie, zika, chikungunya, etc.) demeure insuffisante. Pour la plupart d’entre elles, on ne dispose ni de traitement médical efficace, ni de vaccins adaptés. Par ailleurs, les moyens mis en œuvre pour éliminer les vecteurs de ces maladies, les moustiques, rencontrent des limites. La lutte antivectorielle (LAV), qui vise entre autres à éliminer les moustiques vecteurs, reste donc une priorité. Elle comprend plusieurs types d’approches coordonnées à l’échelle des territoires en France. Parmi les outils disponibles, les molécules insecticides de synthèse, en nombre réduit, font l’objet d’importantes restrictions d’utilisation. Elles peuvent par ailleurs être inefficaces, notamment du fait de l’émergence d’une résistances à leur action chez les moustiques.

D’où la nécessité pour les pouvoirs publics d’analyser l’ensemble des options de LAV, y compris celles qui font appel à des solutions biotechnologiques, pour répondre aux enjeux : réduire la résistance des populations de moustiques aux insecticides, minimiser l’utilisation de molécules à impact environnemental, contrôler l’aire de répartition des moustiques vecteurs de pathogènes, prévenir l’émergence de nouveaux virus dans des territoires indemnes.

Les moustiques modifiés, option émergente de lutte antivectorielle

Parallèlement à la recherche de traitements médicaux et à l’amélioration des moyens classiques de LAV, de nouveaux modes d’action ont émergé au cours de la dernière décennie. Ils résultent d’avancées scientifiques.

Pour la plupart, ils font appel à des lâchers de moustiques modifiés pour contrôler les populations de moustiques vecteurs. Parmi les options possibles se trouvent les moustiques génétiquement modifiés (GM, en particulier ceux développés par l’entreprise Oxitec et en cours d’expérimentation) et d’autres types de moustiques modifiés, par exemple rendus stériles par irradiation. Ces techniques émergentes de LAV ont deux modes d’action selon l’objectif visé :

  • le premier consiste à diminuer le nombre de moustiques vecteurs par blocage de la reproduction des moustiques ;
  • le second vise à la perte, par les moustiques, de la capacité à transmettre le pathogène responsable de la maladie chez l’homme.

Chacun dans son champ de compétence, les deux comités du HCB, Comité scientifique (CS) et Comité économique, éthique et social (CEES), ont analysé les modalités, l’efficacité et l’acceptabilité de ces nouveaux outils de LAV.

Eléments de l’avis du HCB

  • La LAV exige de s’appuyer sur une palette de solutions variées combinant différentes approches complémentaires – y compris les mesures qui impliquent activement les populations – et sans bâtir une stratégie de lutte qui ne reposerait que sur l’une d’entre elles.
  • Dans le panel d’outils de LAV à la disposition des autorités, le recours à des moustiques modifiés apparait être une stratégie à ne pas négliger, qui ouvre des perspectives intéressantes en termes de contrôle de populations de moustiques vecteurs.
  • Le lâcher de moustiques modifiés a l’avantage de la spécificité : il vise une espèce donnée de moustique, ciblage qui permet a priori d’éviter les effets collatéraux communs aux produits toxiques et aux destructions d’habitats. Cette spécificité pourrait toutefois nécessiter des mesures complémentaires selon les situations.
  • Les effets positifs en termes d’impacts sur les épidémies restent à déterminer, les expérimentations menées jusqu’ici ayant simplement vérifié la possibilité d’obtenir une réduction des populations de moustiques.
  • Si les moustiques modifiés devaient s’inscrire dans une perspective de prévention ou de contrôle, ce serait sur le long terme et non comme un outil d’urgence en cas de crise sanitaire, situation dans laquelle les lâchers de moustiques se révèleraient à eux seuls inefficaces, l’usage d’insecticides restant alors nécessaire.
  • Les impacts environnementaux et sanitaires des moustiques modifiés devraient être évalués préalablement aux lâchers (modification de niche écologique, remplacement de vecteurs, etc.).
  • Le cadre réglementaire applicable aux OGM en Europe paraît à cet égard adapté. Toutefois, des clarifications réglementaires s’imposent pour ce qui concerne certains moustiques modifiés dont la qualification OGM reste incertaine et pour ce qui concerne les techniques encore au stade de la recherche, comme le forçage génétique.
  • La perception des populations, les bouleversements des manières de vivre et de penser la relation au milieu vivant, etc., nécessitent d’associer la société civile aux processus de décision et de suivi, en tenant compte des perceptions culturelles propres à chaque territoire. Dans les départements, régions et collectivités d’outre-mer exposés de manière récurrente aux maladies (paludisme, dengue, chikungunya, zika, etc.), l’appréciation par les populations sera nécessairement différente de celle des territoires métropolitains où les conditions géographiques, le mode de vie et l’exposition ne sont pas identiques.

Point de vue du Bureau du HCB

La présidente du HCB, Christine Noiville, se félicite « qu’en collaboration avec le CNEV, le HCB ait mis à profit son expertise variée (scientifique, juridique, sociologique, citoyenne, etc.) au service d’une problématique de santé publique majeure ».

Pascal Boireau, vice-président du CS du HCB, indique que « en matière de lutte antivectorielle par les techniques émergentes, y compris les moustiques génétiquement modifiés, le CS a tenu compte de leurs caractéristiques d’efficacité, de leurs limites et de leurs impacts en termes de modification de l’environnement, afin de déterminer la place que pourraient prendre chacune d’elles dans une stratégie de LAV. »

Claude Gilbert, président du CEES du HCB, précise que « il ne faut pas voir dans les moustiques modifiés une solution miracle aux maladies endémiques, mais plutôt une solution complémentaire au sein de la panoplie de la lutte antivectorielle. Les citoyens et la société civile doivent par ailleurs être informés et consultés quant à un tel recours, afin qu’ils puissent en mesurer les enjeux ».

Retrouvez l’intégralité de l’avis et de la recommandation du HCB en ligne : http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/fr/avis